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AURELIE PIAU

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PROPOS PROMO PROLO

Clare Mary Puyfoulhoux - Aurelie Piau - Boumbang - 28 janvier, 2012

 

Aurélie Piau peint et dessine les formes quasi naïves d’un univers qui ne s’écarte jamais tout à fait de l’enfance. À première vue, le moins qu’on puisse dire au sujet de ses toiles est qu’elles ne veulent pas sembler abouties, qu’elle jouent de la malfaçon volontaire, au sens où les formes et les couleurs refusent le fignolage. On est donc loin d’une peinture réaliste, d’un reflet fidèle du réel.Pourtant, quand on demande à Aurélie Piau ce qui la pousse à peindre, elle parle de politique — ce qui, d’une certaine façon, est le réel dans ce qu’il a de plus trivial. L’artiste dit de son travail qu’il se joue des mots et des peurs qui traversent notre société. Elle nous rappelle l’attitude de Marguerite Duras face à sa création dans ce que la politique provoque de viscéral en elle. La peinture d’Aurélie Piau pourrait en effet être la version imagée des mots de Duras dans Outside:

 

« On est tranquille, tout le monde est désespéré, ça devient un état d’homme. Ça devient un passéisme, et le plus dangereux. Il faut sortir de là, je crois. On nous a appris depuis l’enfance que tous nos efforts devraient tendre à trouver un sens à l’existence qu’on mène, à celle qu’on nous propose. Il faut en sortir. Et que ce soit gai.

 

En quoi cela peut-il être gai?

 

La charnière c’est la peur inculquée, du manque, du désordre. Il faut la surmonter. Je le dis: quand quelqu’un n’a plus cette peur, il fait du tord à tous les pouvoirs. Il y a une équivalence totale entre tout, l’individu ne peut s’en sortir que par lui-même, en retrouvant une indifférence fondamentale à l’égard de ce qui se propose, affaires politiques, affaires commerciales. Il faudrait que la peur diminue: chaque fois qu’elle est là, le pouvoir a prise. La liaison est directe entre peur et pouvoir.

 

»Marguerite Duras, Outside, La voie du gai désespoir.

 

Il semble en effet être question d’un gai désespoir, d’une tristesse colorée dans l’oeuvre d’Aurélie Piau. Par cette façon d’abord très enfantine dont les sujets et les objets habitent les peintures, habillés en culotte courte, la mine déconfite devant la tombe de Mr L’expert, parmi des accessoires de cotillon d’un anniversaire qui n’est plus ou d’un pistolet à bouchon solitaire. L’enfance est là présente à l’état de vestige, comme dans une kermesse terminée. Cette ambiance d’après fête — que Fellini savait rendre comme personne dans ses films — dégage une mélancolie profonde, métaphysique.

 

La réunion d’experts, sur une note pour le moins cynique, représente la rencontre du sérieux technicien et de la légèreté d’une réjouissance suspecte, d’un nouvel an lugubre. L’impression première de ce travail est très rapidement complétée par la récurrence d’un vocabulaire pictural que les couleurs acidulées qui ponctuent ses toiles nous avaient empêché de saisir de prime abord. On y voit des pied de biche, des mâchoires, des fils télégraphiques, le logo Paramount, des cœurs gros, ainsi que des occurrences nombreuses de l’expression cinématographique The end.

 

Ces tableaux contiennent, d’une part, la réminiscence de l’enfance telle qu’elle a pu être représentée traditionnellement: idéale, insouciante, parfaite; et d’autre part, un support volontairement modeste, presque pauvre. L’écart entre le sujet et son traitement fait jaillir une forme d’humour qu’on pourrait qualifier d‘engagé tant le discours qui émerge pointe du doigt les dysfonctionnements d’une société experte qui court à sa perte. De manière opposée à la volonté d’exprimer un inexprimable, qui est celle de tant d’artistes, peut être avons-nous affaire ici à une approche qui, maltraitant les lieux communs pour leur offrir un nouveau sens, tenterait d’inexprimer l’exprimable, selon la formule de Roland Barthes.

 

C’est pourquoi les mots de l’artiste pour qualifier son travail semblent être la façon la plus juste d’en rendre compte: il s’agit en effet de « continuer à dessiner mon journal d’une suffragette de cuisine pour ne pas devenir terroriste.«

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